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Et hop! Le coin un peu fourre tout avec des textes, images etc. qui nous ont interpellés d'une maniére ou d'une autre et que l'on s'est honteusement "approprié" ou encore des trucs concoctés par nos p'tits soins que l'on souhaite partager...Faites pas gaffe au bordel! (On fait pas l'ménage souvent...) |
« Racisme: La croyance à la superiorité inhérente d’une race sur toutes les autres et par conséquent le droit à la domination. Lordre Audrey, 1984, Sister Outsider,New York, The Crossing Press Feminist cité dans Au-delà du personnel, pour une transformation politique du personnel, ACL, 1997, p.81 -------------------------------------------------------------------------------- « Notre société occidentale contemporaine, malgré ses progrès matériels, intellectuels et sociaux, devient rapidement moins propre à assurer la santé mentale et tend à saper, dans chaque individu, la sécurité intérieure, le bonheur, la raison, la faculté d’aimer ; elle tend à faire de lui un automate qui paie son échec sur le plan humain par des maladies mentales toujours plus fréquentes et un désespoir qui se dissimule sous une frénésie de travail et de prétendu plaisir. » Aldous Huxley - RETOUR AU MEILLEUR DES MONDES -------------------------------------------------------------------------------- L’IMPUISSANCE DU POUVOIR Le « pouvoir », celui qui s’affuble abusivement d’un « P », bien sûr, on peut le prendre – ou le ramasser – et donc aussi se le faire prendre. Par les mêmes méthodes, magouilles, qu’on aura utilisées pour se l’approprier… Puisqu’il ne s’agit que d’une apparence, d’un look, d’une enveloppe, d’un masque, d’un titre. Roger Auffrand (POSSIBLE N°16 – février 1985) -------------------------------------------------------------------------------- « (…) Il faut qu’un phénomène brutal tue collectivement pour que s’élèvent les gémissements, pour que s’émeuvent les cœurs des hommes, pour que l’attention se trouve détournée de la lutte fratricide et universelle. Et encore cette émotion ne dure t’elle qu’une minute et s’évanouit-elle dans le Requiescat in pace des cathédrales. Les hommes ne comprendront-ils point qu’il n’y a pas de cataclysme plus meurtrier que la société actuelle ? Qu’il n’y a pas de morts plus nombreux que ceux qui tombent chaque jour, victimes de la guerre interhumaine, de la lutte incessante et sans merci qu’on a dénommé d’un mot terrible : la concurrence ? Les hommes ne comprendront-ils point la responsabilité qu’ils ont dans cette hécatombe ? Puisque ce sont leurs gestes, mauvais, ineptes, qui déterminent les monstrueuses organisations qui les tuent. (…) » Mauricius (14-01-1909) -------------------------------------------------------------------------------- Anarcho-Punk Federation (APF) -------------------------------------------------------------------------------- Il nous semble important que la lutte contre toutes les formes d'oppressions que chacunE d'entre nous est amenéE à rencontrer, à vivre au quotidien ne s'inscrive pas dans une utilisation aveugle de la violence car ce ne serait là qu'une reproduction des méthodes utilisées par un autoritarisme que l'on condamne. Il est clair que notre soif de paix, de liberté, d'égalité, de solidarité entre les peuples ne pourra se satisfaire d'un modèle social imposé par la force des poings... C'est en ce sens que nous nous revendiquons non-violents tout en refusant de sombrer dans une apathie facile et forcenée, il faut rester lucide, faire taire les fusils avec des fleurs sera impossible et il est certain que, dans un monde violent, l'usage de la violence ne serait-ce qu'en tant que moyen défensif peut s'avérer plus que nécessaire. Il parait néanmoins indispensable que cela ne prenne pas valeur d'argument, le déconditionnement par la violence ne peut que renforcer la haine, imposer nos idées par la seule force de nos poings ne peut que nous ramener dans l'impasse ou nous nous trouvons!!! PHT - 2001 -------------------------------------------------------------------------------- CUISINE ELECTORALE La cuisine, et spécialement celle électorale à toujours été une des spécificités de la France. La période actuelle ne déroge pas à la coutume. Entre les grands chefs réputés Chirac, Jospin, et les petits commis Madelin, Bayrou. Entre les adeptes de la cuisine traditionnelle Pasqua, Arlette et ceux de la nouvelle cuisine style Chevènement, le menu ne varie guère. En entrée il y aura toujours des salades: celles des affaires. La viande, elle, sera froide et saignante même et surtout s'il y a du poulet au menu. La vache avant d'être folle fut enragée: on n'en mangeait pas moins, on en bouffe tout autant. Tout ces plats sont accompagnés de grosses légumes mouillées jusqu'au cou dans les vapeurs du pouvoir.) On ne trouve plus guère sur le marché, sauf en surgelé de ce bon vieux gibier de Potence qui souriait du plomb dans les tripes. Dorénavant le gibier est élevé en clapiers HLM dans des cages d'escaliers. n'empêche sous sa forme actuelle, il fait recette. "La Fricassée de sauvageons mouillé aux élections" est devenue une spécialité hexagonale. Facile à préparer elle n'en demande pas moins un certains savoir faire. - Laisser mariner les sauvageons en quartiers. -Mettre de l'huile sur le feu. Faire revenir. Saupoudrer d'un soupçon de racisme. Arroser de dopes diverses. Épicer de provocs. - Couvrir d'une couche de flics en uniformes. - Boucler la banlieue, mettre sous pression. Quand les quartiers sont sur le point d'exploser, ouvrir la cocotte-banlieue. Ne pas laisser refroidir et servir sur un plateau en centre ville accompagné de feuilles de choux sécuritaires. La carte des poissons et fruits de mer offre un choix de maquereaux et de morues, églefins et aigrefins, friture et menus fretins pour la plupart issues de la Méditerranée Mais c'est toujours la bouillabaisse qui, sous ses diverses variantes, tiens le haut du pavé. Composé d'un assortiment conjoncturel de poissons péchés en eaux troubles plus ou moins profondes, ce plat de résistance d'une consistance incontestée tient du paradoxe tant il doit sa saveur au fait que ce sont les plus gros poissons qui passent au travers des mailles du filet policier, des trous de l'écumoire judiciaire. Réchauffés, baignant dans le jus politique, on les déguste ou les dégueule accompagnés de vieux croûtons frottés à l'immobilier et servis avec un purulent panier de crabes multipostes. Quant au dessert, tout le monde veux sa part du gâteau, la table tient lieu de ligne de partage entre réel et apparences. C'est en effet sous la table que se joue la partie: dessus, on ne joue qu'en partie cartes sur table. En surface on parle de couper la poire en deux, en sous mains on dégaine son calibre. D'une main on souligne son discours, de l'autre on enclenche le chargeur. C'est l'époque qui présente l'Addition. Ne restant à avaler que bulletins de vote et illusions, ça bulle dans les cuisines et l'ordre règne. Autant le dire, tout va pour le pire. Tout semble consumé. Pourtant il/elle en ait qui n'ont pas dit leurs derniers mots. De conserve ils/elles s'arrachent à leurs fourneaux, brisent leurs chaînes. Le serveur/serveuse s'insurge. Ils s'arment de leur rage et d'un fusil à pompe. "Que l'Histoire repasse les plats d'accord! Qu'on remette le couvert passe encore! Mais c'est pas la dialectique qui va faire le ménage ni la révolution qui va se taper la plonge!" Alors nous nous cassons avec la caisse, et le premier qui bouge je lui offre une rafale de digestion, je balance le mot qui tue: je concrétise l'expression "coup de fusil". Il est l'heure de payer l'addition. Yves Peirat - FORME LETALE #04 (2002) -------------------------------------------------------------------------------- MANGER DE LA VIANDE / TUER DES ANIMAUX Pendant longtemps je n'ai pas fait le rapport, je n'ai pas vu le rapport entre "manger de la viande" et "tuer des animaux". Je mangeais de la viande et ne tuais pas d'animaux. Je savais pourtant très bien que la viande est de la chair d'animaux morts, et pas morts de maladie ou de vieillesse, mais tués en bonne santé. Seulement, je ne les tuais pas, ces animaux; quelqu'un d'autre les tuait, et indépendamment de moi. Ils m'étaient offerts. Ils m'étaient présentés, tués et découpés dans les magasins, assaisonnés et cuits par mes parents. Je mangeais de la viande et ce n'était pas ma faute si des animaux étaient tués; comme si, si je n'en avais pas mangé, ils auraient été tués quand même; comme si des animaux étaient tués comme ça , indépendamment des mangeurs de viande. Un peu comme si la viande pouvait ne pas provenir d'animaux tués et que ce ne soit pas ma faute qu'il en existe provenant d'animaux tués: comme pour certains produits tels que des margarines du commerce qui ont un tout petit pourcentage de produits animaux alors qu'il pourrait très bien ne pas y en avoir. Ce n'est pas moi qui demande qu'il y en ait, comme ce ne serait pas moi qui demanderait qu'il y ait de l'animal mort dans la viande. La viande, je n'avais pas demandé que ça existe, mais comme ça existait, non seulement ça me paraissait logique d'en manger mais je penser qu'en manger ne changerait rien. Je ne voyais pas que c'était plusieurs vies différentes; et que, ne pas manger de viande pouvait en épargner quelques unes. C'était comme si il y avait des animaux tués de toute façon, comme si ça ne dépendait pas de la demande. Je ne me voyais vraiment pas intervenir dans ce grand tout, ni même en avoir la possibilité; je ne savais pas que beaucoup d'autres gens ne mangeaient pas de viande, et que que beaucoup plus encore et même tout le monde pourrait ne plus en manger. Je ne me voyais pas pouvoir faire ce choix de ne plus en manger, comme s'il était réservé à une élite ou plutôt à une certaine catégorie de gens un peu originaux, dans le mauvais sens du terme, idéalistes / irréalistes. Si ça m'était passé par la tête de penser que c'était dégueulasse , je n'aurai même pas osé en parler. Je n'osais parler que de ce qui était bien, je me montrais toujours sous un bon aspect, je n'osais même pas formuler ce que je trouvais mal, ce qui me faisait mal... Pourtant c'est plus qu'évident: c'est par définition que la viande est de la chair d'animaux tués, que chaque morceau de viande a été une partie du corps d'un animal vivant et en bonne santé. Horrible! Tout le monde sait bien ce que veut dire tuer, et tout le monde ou presque trouve ça horrible. Et pourtant très peu de gens trouvent horrible de manger de la viande. Ils trouvent horrible le paysan qui tue un poulet, les métiers dans les abattoirs, et un peu moins le métier de boucher. Personne ne se demande pourquoi ils font ces "horreurs". L'horreur est dans chaque personne qui mange de la viande. On a bien l'habitude de toujours voir l'horreur ailleurs, de la voir en quelqu'un de particulier, autre que soi, ou de la voir, loin de soi, dans un grand chiffre. On voit l'horreur du paysan qui tue et l'horreur des 145 000 poulets tués, tout en ne trouvant pas horrible de manger de la viande "soi-même". On se banalise d'une part, et on ne se voit pas, on ne voit pas ce que l'on fait. On "fait les courses" pour le repas, on n'achète pas de cadavre; on ne mastique pas de cadavre, on se nourrit. Dire que la viande est du cadavre n'est pas bien compris. Cadavre, c'est dans la tête des gens et aussi dans la mienne, corps mort allongé sur le bord de la route, corps dans un cercueil, corps d'un oiseau déchiqueté par un chat, corps mort au milieu d'un prés... C'est corps mort à enterrer, ce n'est pas corps mort à découper pour manger. Un cadavre, c'est l'horreur de la mort. C'est un corps que personne ne penserait à découper, à faire cuire pour le manger. On est bien habitué à la différence, "faut pas tout mélanger". La viande n'a plus aucun rapport avec l'animal vivant, alors que le cadavre, on aurait envie qu'il revive. Le cadavre est prés de la vie, il en a la forme mais plus le souffle. Pourtant la viande aussi reste un peu de l'animal vivant dans la tête des gens, elle en garde les qualités et il n'y a pas de meurtre. J'avais écrit une phrase un peu slogan qui semble ne pas pouvoir être comprise par beaucoup de gens: "je ne mange pas de cadavre même bien découpé et bien présenté dans les rayons d'un magasin"; le sens m'en paraissait très clair. Et puis, j'ai entendu beaucoup de gens me dire: "mais il n'y a pas de cadavre dans les magasins" ou "en tout cas je n'en ai jamais vu" ou "je ne vois pas de quels magasins il s'agit"... Je mangeais de la viande parce que mes parents en mangeaient et qu'ils me nourrissaient, comme ils m'habillaient et m'emmenaient à l'école. Je n'aurais jamais pensé pouvoir choisir mes vêtements, ma nourriture, etc...Ils m'ont habituée à beaucoup de choses , certaines dont je suis contente et d'autres pas, je me suis débarrassée de certaines, je me bats contre d'autres et j'en laisse aussi certaines plus ou moins dans un coin. Je ne mange plus de viande... Je mangeais de la viande parce que c'était comme ça, ça se vendait, ça s'achetait, se mettait au frigo, se faisait cuire et avait un bon goût, un goût habituel; et ça donnait des forces et était indispensable pour rester en bonne santé, pou pouvoir travailler, comme on me disait. Pourquoi d'ailleurs on me disait ça, parce qu'on pensait que c'était vrai? Parce qu'on pensait qu'il fallait faire attention si on n'en mangeait pas et qu'on ne me faisait pas confiance pour ça? Parce qu'on ne voulait pas que me vienne à l'idée de ne pas en manger? Et pourquoi? Pour ne pas avoir dans la famille quelqu'un qui sort un peu de la norme? Pour légitimer ces meurtres?Pour légitimer qu'on en mange soi même? Pourquoi légitimer...? J'en mangeais tout bêtement parce qu'on m'avait appris à trouver ça bon, je pouvais aussi m'arrêter juste à cet argument et essayer d'oublier l'horreur que représente la consommation de cadavres. Extrait de la brochure VÉGÉTARIEN ET VÉGÉTALIEN - vivre sans manger les animaux -------------------------------------------------------------------------------- On coupe, on brûle, on implante… Le sang coule, la chaire fume, on tue doucement et on observe : un singe la cervelle mise à nue plantée d’électrodes, un chat une fiche électrique vissée dans le crâne, un chien secoué de spasmes provoqués par ce futur médicament miracle…On observe mais on ne voit pas la peur, l’incompréhension, on n’entend plus les cris… la routine… Il n’y a plus que des objets que l’on manipule, que l’on maltraite jusqu’à les casser…aucune importance, il en reste tant d’autres sur lesquels poursuivre… La souffrance se distribue à la chaîne dans l’indifférence de murs trop blancs, la torture se justifie, se légitime, s’officialise sous couvert de recherche ou de progrès…On test et on re-test, on exploite et on empoche… on massacre…ASSEZ !!! Compile SMAL - PHT - 2004 -------------------------------------------------------------------------------- (…) « Silence, silence », murmura un haut-parleur tandis qu’ils sortaient de l’ascenseur au quatorzième étage, et : « Silence, silence », répétèrent infatigablement les pavillons des instruments, à intervalles réguliers, le long de chaque couloir. Les étudiants, et jusqu’au Directeur lui-même, se haussèrent automatiquement sur la pointe des pieds. Ils étaient des Alphas, bien entendu, mais les Alphas eux-mêmes ont été bien conditionnés. « Silence, silence. » Toute l’atmosphère du quatorzième étage vibrait d’impératifs catégoriques. Cinquante mètres de parcours sur la pointe des pieds les amenérent à une porte que le Directeur ouvrit avec précaution. Ils franchirent le seuil et pénétrèrent dans la pénombre d’un dortoir aux volets clos. Quatre-vingts petits lits s’alignaient le long du mur. Il y avait un bruit de respiration légère et régulière et un murmure continu, comme de voix très basses chuchotant au loin. Une infirmière se leva comme ils entraient et se mit au garde-à-vous devant le Directeur. – Quelle est la leçon, cet après-midi ? demanda t-il. – Nous avons fait du Sexe Élémentaire pendant les quarante premières minutes, répondit-elle. Mais maintenant, on a réglé l’appareil sur le cours élémentaire de Sentiment des Classes Sociales. Le Directeur parcourut lentement la longue file des petits lits. Roses et détendus par le sommeil, quatre-vingts petits garçons et petites filles étaient étendus, respirant doucement. il sortait un chuchotement de sous chaque oreiller. Le D.I.C. s’arrêta et, se penchant sur l’un des petits lits, écouta attentivement. – Cours élémentaire de Sentiment des Classes Sociales,disiez-vous ? Faites le répéter un peu plus haut par le pavillon. A l’extrémité de la pièce, un haut-parleur faisait saillie sur le mur. Le Directeur s’y rendit et appuya sur un interrupteur. « …sont tous vêtus de vert », dit une voix douce mais fort distincte commençant au milieu d’une phrase, « et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir lire ou écrire. Et puis, ils sont vêtus de noir, ce qui est une couleur ignoble. Comme je suis content d’être un Bêta. » Il y eut une pause ; puis la voix reprit : « Les enfants Alphas sont vêtus de gris. Ils travaillent beaucoup plus dur que nous, parce qu’ils sont si formidablement intelligents. Vraiment, je suis joliment content d’être un Bêta, parce que je ne travaille pas si dur. Et puis, nous sommes bien supérieurs aux Gammas et aux Deltas. Les Gammas sont bêtes. Ils sont tous vêtus de vert, et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir… » Le Directeur remit l’interrupteur dans sa position primitive. La voix se tut. Ce ne fut plus que son grêle fantôme qui continua à marmotter de sous les quatre-vingts oreillers. – Ils entendront cela répété encore quarante ou cinquante fois avant de se réveiller ; puis, de nouveau, jeudi ; et samedi, de même. Cent vingt fois, trois fois par semaine, pendant trente mois. Après quoi, ils passeront à une leçon plus avancée. Des roses et des secousses électriques, le kaki des Deltas et une bouffée d’assa foetida – liés indissolublement avant que l’enfant sache parler. Mais le conditionnement que des paroles n’accompagnent pas est grossier et tout d’une pièce ; il est incapable de faire saisir les distinctions plus fines, d’inculquer les modes de conduite plus complexes. Pour cela, il faut des paroles, mais des paroles sans raison. En un mot, l’hypnopédie. – La plus grande force moralisatrice et socialisatrice de tous les temps. Les étudiants inscrivirent cela dans leurs calepins. Le savoir puisé directement à la source. De nouveau, le Directeur toucha l’interrupteur. « …si formidablement intelligents, disait la voix douce, insinuante, infatigable. Vraiment, je suis joliment content d’être un Bêta, parce que… » Non pas tout à fait comme des gouttes d’eau, bien que l’eau, en vérité, soit capable de creuser à la longue des trous dans le granit le plus dur ; mais plutôt comme des gouttes de cire à cacheter liquide, des gouttes qui adhérent, s’incrustent, s’incorporent à ce sur quoi elles tombent, jusqu’à ce qu’enfin le roc ne soit plus qu’une seule masse écarlate. – Jusqu’à ce qu’enfin l’esprit de l’enfant, ce soit ces choses suggérées, et que la somme de ces choses suggérées, ce soit l’esprit de l’enfant. Et non pas seulement l’esprit de l’enfant. Mais également l’esprit de l’adulte – pour toute sa vie. L’esprit qui juge, et désire, et décide – constitué par ces choses suggérées. Mais toutes ces choses suggérées, ce sont celles que nous suggérons, nous ! – Le Directeur en vint presque à crier dans son triomphe. – Que suggère l’État. – Il tapa sur la table la plus proche. (…) Aldous Huxley - LE MEILLEUR DES MONDES (1931) |

